INTERNET SANS FRONTIERES TCHAD

Mesdames et Messieurs les journalistes,
Distingués invités,

La Représentation de Internet Sans Frontières Tchad vous remercie, par ma voix, pour avoir répondu à l’invitation pour cette conférence de presse qui marque le lancement officiel de nos activités.

Cette cérémonie fait suite à la création du Bureau d’Internet Sans Frontières Tchad en Avril 2018, suivi de la mise sur pied d’une équipe de 10 personnes.
Internet sans frontières, faut-il le rappeler, est un réseau d’organisations non gouvernementales dont l’objectif est de promouvoir la libre circulation des informations et des connaissances, de défendre la liberté d’expression et de lutter contre toutes les formes de censure sur les réseaux connectés. Internet sans frontières a été fondé à Paris en 2007 par un groupe de militants de la société civile à la suite de la censure du réseau Internet par la junte birmane.

Elle défend les droits humains sur Internet depuis 2008, en particulier la liberté d’expression en ligne des internautes et le droit à la sécurité de leurs informations personnelles et privées en ligne.

Et vous n’êtes pas sans savoir que depuis l’avènement de l’Internet dans notre pays, les tchadiens font face à des coupures et restrictions intempestives d’internet en général et des réseaux sociaux en particulier. Il vous souviendra qu’au sortir de la présidentielle de 2016, les tchadiens ont été privés injustement d’accès aux réseaux sociaux pendant au moins 10 mois sans aucune raison valable.
Et plus récemment encore, le 28 Mars dernier, les tchadiens sont une fois de privés d’accès aux réseaux sociaux, sans aucune explication ni de la part des sociétés qui fournissent l’accès et avec lesquelles nous sommes clients et nous avons un contrat, ni de la part de nos gouvernants qui sont censés promouvoir la liberté d’expression des citoyens qui est un droit constitutionnel. C’est le souci qui a emmené Julie Owono, la Responsable du Bureau ISF de Paris, de commun accord avec notre compatriote Abdelkerim Yacoub Koundougou qui s’occupe de la division Internet Sans Frontières d’ Afrique Centrale, à créer un bureau d’ISF au Tchad.

Vous allez sans doute vous poser la question qu’est ce qu’on est entrain de faire pour cette censure des réseaux sociaux qui dure depuis 5 mois aujourd’hui. D’abord, Internet Sans Frontières avait dénoncé cette situation en Avril et appelé les autorités Tchadienne à ordonner la levée de la censure des réseaux sociaux mais rien n’est fait jusque-là.

C’est pourquoi, en date du 02 Avril 2018, Internet sans frontières, avec ses partenaires Access Now et Utopie Nord-Sud ont conjointement soumis un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en ligne au Tchad. Ce rapport fait partie de l’Examen périodique universel (EPU) de ce pays, qui interviendra en novembre 2018.

Dans ce document, les trois organisations ont rassemblé des preuves de violations de la liberté d’expression, d’accès à l’information et du droit à la vie privée, commises par le gouvernement tchadien ces 5 dernières années, en violation de la Constitution et des engagements internationaux. Notamment, le Tchad n’a eu de cesse d’arrêter, torturer des défenseurs des droits de l’homme, des activistes, des journalistes, interdire des manifestations, ou couper l’accès à Internet. D’avril à décembre 2016, le gouvernement a bloqué tous les réseaux sociaux et les applications de messagerie pour tenter de contenir le mécontentement croissant de la population. Cette violation de la liberté d’expression tchadienne en ligne a coûté au pays près de 18 millions d’euros, soit environ une dizaine de milliards de francs CFA selon les estimations d’Internet sans frontières. Cette soumission à la censure régulière rappelle que le Tchad est l’un de ces pays experts en matière des coupures volontaires des télécommunications pour des raisons politiques.

Outre cette démarche, au niveau interne, nous nous joignons également à quelques avocats du Barreau du Tchad qui ont eu l’audace et la diligence d’initier une requête en référé contre Airtel et Tigo pour que soit ordonné, en urgence, la levée de la censure injuste et injustifiée qui perdure sans qu’une moindre explication ne soit donnée aux clients que nous sommes. Pourtant, jusqu’à preuve du contraire, nous sommes liés à ces sociétés de téléphonie par un contrat de droit privé, et que l’intervention d’un tiers, Etat soit-il, ne peut justifier les abus et les violations à répétition des clauses contractuelles nous liant, en toute impunité.

Cette procédure d’urgence sera suivie d’une requête au fond en réclamation des dommages et intérêts pour la réparation des immenses préjudices subis par la population tchadienne du fait de ces agissements peu orthodoxes. Et au besoin, nous sommes en train d’entrevoir d’ici là la saisine de la chambre constitutionnelle de la Cour Suprême pour que le droit soit dit sur cette question de censure unilatérale des réseaux sociaux. Puisque, nous estimons, à juste titre, que dans notre monde actuel, au regard de notre Loi fondamentale et des instruments juridiques internationaux, l’accès à Internet est un vecteur qui permet l’exercice de la liberté d’expression. Sa privation, même par le Gouvernement soit-il, pour une raison quelconque, ne devait être décidée que par un juge garant des droits et libertés fondamentales, qui, doit vérifier qu’il n’y a pas eu atteinte à l’exercice légitime d’un droit constitutionnel reconnu par les instruments juridiques internationaux.

Nous ne sommes peut-être pas une organisation de plus comme certains pourront le penser, puisque notre domaine d’intervention reste spécifiquement la promotion et la défense de la liberté d’expression en ligne des internautes et le droit à la sécurité de leurs informations personnelles et privées en ligne. Et pour atteindre nos objectifs, nous avons besoin d’une union sacrée de tout le peuple tchadien opprimé en général mais surtout les citoyens qui œuvrent dans ce domaine et utilisent ce précieux moyen de communication, en particulier.

Ceci étant, Mesdames et Messieurs les journalistes, nous sommes disposés à vous apporter d’amples éclaircissements sur nos actions en cours suscités et nous aurons l’occasion de vous dévoiler prochainement nos projets futurs, puisque vous restez nos porte-voix et nos principaux partenaires.
Je vous remercie

Pour la Représentation

Noubarassem Blaise